BIBU7_GJR30SAR5.1_FBI_MullieLe professeur Patrick Mullie fait autorité en matière de nutrition. Il enseigne à la VUB (Vrije Universiteit Brussel) et à l’Erasmushogeschool, est directeur de recherche à l’Hôpital Militaire Reine Astrid et à l’International Prevention Research Institute de Lyon, et expert auprès du Conseil Supérieur de la Santé en Belgique. On lui doit l’ouvrage en néerlandais ‘Gezond eten, langer leven: het mediterrane model’.

Professeur Mullie, concrètement, qu’est-ce qu’un style de vie méditerranéen ?

Avant toute chose : un style de vie méditerranéen, ça n’existe pas. Le bassin méditerranéen est si vaste qu’il existe de grandes disparités culturelles, y compris culinaires, entre l’Espagne et la Grèce par exemple. Mais on relève des similitudes : les gens consomment moins d’acides gras saturés, beaucoup de glucides complexes et davantage de graisses mono-insaturées, par les olives et les noix. Ce sont ces habitudes culinaires qui ont un effet positif sur la santé des populations. Mais pour que le résultat soit optimal, il faut encore les combiner à plus d’activité physique, plus d’exposition au soleil, privilégier les ingrédients locaux et de saison en cuisine, et diminuer le stress.

Pourquoi prétend-on que ce style de vie méditerranéen est préférable à notre mode de vie occidental ?

Une étude célèbre effectuée dans sept pays dans les années 60 du siècle dernier a montré que les gens du sud de l’Europe souffraient moins de maladies cardio-vasculaires que ceux du Nord et des États-Unis. D’autres études scientifiques ont suivi. Celle de 1999 a été décisive : les patients souffrant du cœur, qui avaient totalement adopté une alimentation méditerranéenne, crétoise plus particulièrement, présentaient après quatre ans 80 % de maladies cardio-vasculaires de moins que les patients qui avaient adopté un régime alimentaire crétois partiel. Bref, la science a prouvé que les gens qui vivent et mangent selon les habitudes méditerranéennes ont une meilleure espérance de vie.

Et qu’est-ce qui caractérise ce style de vie ?

On y consomme davantage de pain, fruits, légumes, huile d’olive, noix, poissons et volailles, avec une consommation modérée d’alcool à chaque repas. La viande, le beurre et la crème, le lait et les produits laitiers, les sodas et les sucreries sont nettement moins fréquents que chez nous. Ceci doit être combiné à d’autres saines habitudes de vie, ne pas fumer, bouger suffisamment, et avoir un indice de masse corporelle compris entre 20 et 25. Quiconque adopte un mode de vie méditerranéen privilégie la cuisine locale, les aliments frais, peu de viande et de graisse, boit de l’alcool avec modération, ne fume pas et fait suffisamment d’activité physique.

La consommation modérée d’alcool dont vous parlez, dans les pays méditerranéens, concerne surtout le vin. Comment contribue-t-il à augmenter l’espérance de vie ?

L’un des malentendus les plus tenaces concernant le style de vie méditerranéen serait que les gens ne boivent que du vin. Leur choix semble surtout culturel. C’est vrai que l’on consomme davantage de vin dans le sud de l’Europe, comme on le fait de poivrons, courgettes, aubergines, ail, lentilles, pêches et melons. Chez nous, on privilégie la bière, les poireaux, chicons, choux-fleurs, choux de Bruxelles, pommes et poires par exemple. Ce ne sont pas des denrées alimentaires spécifiques qui occupent une place exclusive dans la pyramide alimentaire méditerranéenne, mais bien le fait de privilégier les produits et ingrédients naturels, surtout locaux.

Pourtant, dans la pyramide alimentaire active, la bière est reléguée dans le groupe des occasionnels, tout comme les autres boissons alcoolisées. Ce sont donc des produits qu’il vaut mieux éviter de consommer chaque jour. Comment les intègre-t-on dans le régime méditerranéen ?

C’est trompeur. Dans le groupe des occasionnels de notre pyramide alimentaire se trouvent des produits qui sont manifestement peu recommandables pour la santé, comme ceux du fast-food. Mais il contient aussi des produits dont la consommation modérée n’est pas du tout à proscrire. La recherche scientifique montre par exemple qu’un verre de bière par jour pour les femmes et deux pour les hommes peuvent être profitables pour le cœur et la santé. Ces études montrent également que le vin n’apporte pas de meilleure protection que la bière. Ce sont les habitudes de consommation et de vie du buveur qui sont décisives. À l’instar de mes collègues nutritionnistes méditerranéens, je ne place pas l’alcool dans le groupe des “occasionnels”, mais j’en recommande une consommation quotidienne modérée. Cet avis est de plus en plus suivi en Belgique.